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Le plus difficile c'est la première heure

Le plus difficile, c’est la première heure. Soixante longues minutes qui suivent le départ et nous séparent de lui. Ce laps de temps oppressant où l’on se sent tout d’un coup seul au monde et vide de tout. On sait que cela ne va pas durer, comme tout le reste, que ces minutes aussi vont finir par passer. Alors, justement, on attend que ça passe. On attend comme on peut. On regarde son chien galoper dans les hautes herbes et pour qui rien n’a changé.

Le plus difficile, c’est la première heure. Quand la grande aiguille n’a pas encore fait le tour du cadran et que l’on lutte pour ne pas la renvoyer en arrière, pour ne pas penser à ce que l’on faisait quelques chiffres plus haut, quelques minutes plus tôt. Ce laps de temps oppressant où, comme un chien, on se tient prêt derrière le portail, tendant l’oreille en espérant reconnaitre les bruits de pas familiers déjà de retour. On sait que cela ne va pas durer. On sait que la vie normale ne va pas tarder à reprendre son cours et que le monde va se remettre en marche. Alors on attend que ça passe, figé dans le néant, jusqu’à ce que l’aiguille ait fini son tour de manège.

C’est à chaque fois la même chose. Comment le départ de l’autre peut-il nous anéantir autant, ne serait-ce qu’un court instant ? Comment le monde autour de nous peut-il se dérober subitement derrière les pas de celui qui s’en va ? Est-ce parce que l’on reste ? Pendant cette première heure, pensées et sensations s’entrechoquent, se confondent, se contredisent. Le voile de la solitude obscurcit l’avenir. On ne croit plus au présent qui glisse irrémédiablement dans le vaste océan des regrets du passé.

Soixante minutes se sont écoulées. Le cœur se remet peu à peu à battre normalement, le ventre se dénoue et les mouvements animent de nouveau le corps tout entier. Il faut cependant attendre encore un peu pour pouvoir regarder la pendule en face sans danger. Cela ne fait guère plus d’une heure, une rechute est possible. Se trouver des occupations, penser à autre chose. Le temps d’être sûr que la douleur ne va pas se réveiller, le temps de s’éloigner du portail. Le temps que le voile se lève complètement et que l’on fasse de nouveau des projets pour demain sans se retourner.

Le plus difficile, c’est la première heure.

 

 

La voisine, le 06/06/2014.



01/08/2014
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