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Mon souffle sur le sien

Il s'est posé dans ma vie il y  a un peu plus d'un an, sous la forme d'un cadeau de Noël, en plein mois de mars. Une chasse au trésor organisée pour mon voisin chéri le conduisant au pied d'un gros Rocher rouge dominant la ville. C'était son cadeau, il l'a adoré. Et moi, j'ai tout simplement eu un coup de foudre, auditif, pileux, cardiaque, viscéral...

 

Depuis, 3 concerts en 9 mois, et sa musique qui tourne en boucle , qui m'accompagne partout : de la chambre au salon, dans le bus pour un rendez-vous important, dans le tram pour aller au boulot, dans ma voiture sur la route de l'océan pour partir écrire, dans les steppes désertiques de ma solitude.

Je l'ai écoutée plus de 1000 fois cette musique qui tourne en boucle comme une valse endiablée, comme une main que je serre dans la mienne et que je ne veux plus lâcher. Je l'ai écoutée plus de 1000 fois et je pleure encore, parfois de joie, parfois de chagrin, toujours d'émotion, cette rivière qui bouillonne dans mes veines, ce souffle qui donne tout son sens et toute sa saveur à la vie.

Moi qui n'y connais rien en musique et encore moins en jazz ni en trompette à 4 pistons, cette musique, sa musique, me parle, à chaque fois. Elle vient se planter au creux de mon ventre et inonde chacune de mes veines et de mes artères.

 

Une très bonne amie m'a dit un jour : "J'ai trouvé pourquoi sa musique nous touche autant : elle est comme la voix douce, rassurante et familière d'une maman qui berce tendrement son enfant."

C'est exactement ça ! Un murmure, un souffle chaud par-dessus l'épaule qui dit que tout va bien, qu'il n'y a pas à avoir peur ; qui dit que l'on peut grandir sans crainte, on restera toujours au fond de soi, l'enfant qui dormait paisiblement dans les bras de sa maman.

Alors je me suis laissée grandir un peu plus, j'ai escaladé des dunes, j'ai sauté dans le vide, j'ai ouvert mes ailes et mon cœur, j'ai dévalé la pente pour rejoindre la mer en roulant dans le sable... et j'ai repris la plume ! Sans avoir peur.

 

Tout cela je l'ai déjà dit, je l'ai déjà écrit 100 fois, dans mes carnets, sur mon blog et même à lui.

Et aujourd'hui je l'écris, je le crie encore, encore plus fort !

N'y a-t-il pas dans ce monde suffisamment de vrais monstres, de vrais salopards pour en inventer d'autres ? Des gens censés faire partie de notre espèce et qui pourtant construisent des murs, jettent de l'huile sur les braises de l'incendie, ferment leurs portes à l'étranger qui leur tend la main.

Pourquoi dans le monde des grands faut-il toujours que les rêves se brisent, que l'on étouffe le Père Noël et les berceuses ?

 

Dans un peu plus d'un mois, je ne sais pas ce que va choisir mon pays. Il m'arrive de trembler d'effroi en y songeant.

Et puis j'écoute sa musique et je me dis : "Comment le monde pourrait basculer dans le chaos quand des êtres, humains eux aussi, sont capables d'écrire de si belles choses (belles, comme ce mot est faible !), pleines d'amour, de partage et d'humanité sincère ? Non, cette musique vient du même monde, il faut garder espoir."

Je ne veux pas que l'on me prenne mes rêves, et tant que je serai debout, je me battrai pour ça.

 

Un jour prochain je l'espère, à mon tour je chanterai des berceuses, et il les soufflera avec moi en sourdine au-dessus du berceau.

 

J’aurais tellement voulu ne jamais écrire ces mots dans ces circonstances.

Aussi humbles soient-ils, qu'ils lui donnent la force que sa musique m’a donné tant de fois !

 

Ce matin, pendant que je prenais le petit déjeuner dans mon jardin, Here comes the sun des Beatles est passée à la radio et j’ai pensé à lui.

Je partage à présent ce doux rayon de soleil d’un printemps qui pointe le bout de son nez. Qu'il chasse ce gros nuage nauséabond rempli de jugements acerbes et de calomnies obscènes.

 

Ne t’éteins pas Ibrahim.

J’ai besoin, nous avons tant besoin de ton souffle, aujourd'hui plus que jamais !

 

 

 

 

La voisine, le 14/03/2017.

 


28/03/2017
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Retrouvailles

C'est étrange, je reconnais à peine la route, cette route que j'ai pourtant faite cent fois. C'est étrange et en même temps j'ai l'impression d'avoir vécu tant de vies depuis mes 18 ans...

 

Les mouettes envahissent la place en ricanant comme des hyènes. Elles tournoient au-dessus du marché et de ces briques rouges qui m'encerclent. On n'entend qu'elles et leur rire mauvais entre deux rafales de vent.

Est-ce de moi qu'elles se moquent ? De cette étrangère qui revient s'assoir à la table de ses 20 ans ? De ces quinze années qui refont soudain surface comme un vieux fossile oublié ? De ces rides et de ces mèches grisonnantes que je m'efforce de ne pas voir dans le reflet des vitrines ?

On dirait que tout est comme avant, mais on dirait que tout a changé.

Je m'arrête un instant au pied de mon premier appartement, mon tout premier chez moi, à moi rien qu'à moi. J'hésite un peu, toutes les fenêtres se ressemblent. Sauf que trois d'entre elles n'ont pas le double vitrage, mes oreilles s'en souviennent encore. Aujourd'hui, ces trois fenêtres n'ont pas bougé, elles continuent de faire face au mur des urines, comme j'avais l'habitude d'appeler ce recoin nauséabond. En revanche, on a gommé les graffiti qui faisaient diversion et tentaient d'égayer un peu le lieu.

Tout comme on a ravalé les trottoirs de la rue en la recouvrant de pavés tout neufs, bien propres et bien lisses. Je n'avais jamais remarqué combien les immeubles de cette rue étaient beaux !  Guère plus de deux étages, façades colorées, briques rouges, fenêtres en demi-lune... Mes jeunes yeux d'alors devaient chercher d'autres trésors à contempler.

J'ai emprunté cette rue tant de fois, de jour ou de nuit, seule la plupart du temps. Je sais déjà ce que je vais trouver au bout, du moins si le décor est resté le même. Une place cernée de bars, dont un où l'on boit visiblement toujours le Pastis au mètre, un pont qui s'en va rejoindre l'autre rive et ce grand dôme verdâtre qui surplombe la Garonne, véritable reine des lieux. Aujourd'hui, en prime, le soleil de midi s'invite aux retrouvailles !

Je ne suis pas la seule à savourer le moment, nous sommes des centaines à flâner le long des quais dans cette douceur printanière toute nouvelle.

Parmi tous ces gens, il me semble parfois reconnaître la silhouette, le profil, le visage d'une jeune fille que j'ai bien connue. Mais alors que je me rapproche d'eux, le visage, le profil, la silhouette deviennent flous puis finissent par s'évanouir dans le vol des pigeons au-dessus des toits.

Ce n'est pas grave, je vais continuer de marcher, sans autre but que vérifier l'état de ma mémoire : la boulangerie à la sortie de la bouche de métro où j'allais me gaver de sucreries en rentrant de la fac ; les fauteuils aux noms de stars hollywoodiennes du bistrot à côté du cinéma où je me rendais plusieurs fois par semaine ; la petite place coquette aux boutiques de créateurs et de couturiers et aux salons de thé à l'anglaise...

 

J'ai marché ainsi tout l'après-midi à en avoir mal aux pieds. Puis l'heure de s'en retourner vers la gare est venue.

Me voilà de nouveau confortablement installée dans le train qui me ramène chez moi.

Le soleil s'incline d'un côté, et on dirait que je le suis.

Ce soir, en balayant la campagne de mes yeux fatigués, je ne sais pas trop quoi penser de ces retrouvailles.

Qui donc ai-je retrouvé ? Que suis-je réellement venue chercher ?

Peut-être seulement un moment, la lumière de cette journée, de cette ville si belle au soleil.

Peut-être un peu plus que cela ; un peu de moi, éparpillée de-ci de-là au gré de ces quinze années qui ont filé parfois si vite, parfois si lentement ; de ce moi observé aujourd'hui d'un peu plus haut, d'un peu plus loin, par cette femme au regard ému et au ventre arrondi.

 

 

 

La voisine, 15/02-23/03/2017.

 

 


23/03/2017
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Capitale

Dernière soirée dans tes bras. Demain je serai loin et tout redeviendra comme avant.

Je ne me réveillerai plus nue contre toi comme ces derniers matins. Je ne regarderai plus par le velux cette fenêtre de la grande tour d'en face allumée du matin au soir. Je ne sentirai plus ton odeur si particulière, qui ne sent ni bon ni mauvais, qui sent juste toi et qui me plait.

Demain je serai loin et toi aussi.

Je ne reviendrai plus me réfugier à tes pieds, moi l'oiseau échappé de sa cage. Je ne reviendrai pas me poser face à toi pour te contempler à m'en décrocher les paupières, toi si fière dans le ciel bleu, moi si petite sur ce banc de bois.

Nous ne marcherons plus main dans la main, longeant la Seine, nous arrêtant sur les ponts pour regarder passer les bateaux-mouches et faire signe aux touristes qui glissent sous nos nez rougis.

Demain nous serons loin.

Tu n'auras plus besoin de chercher les mots pour me consoler. Je vais mieux, même si cela ne se voit pas encore. Je l'ai lu dans tes yeux, je l'ai senti dans tes artères, je l'ai entendu dans ton chant porté par les mouettes. J'ai encore grandi, même si cela ne se voit pas encore. Je me suis libérée de mes chaines, j'ai sauté dans le vide pour me retrouver plus grande et plus forte en bas.

Grâce à toi. Grâce à ces quelques jours où je n'ai pas eu peur de pleurer à tes pieds, où tu m'as écoutée, où l'on s'est retrouvées, où l'on s'est mélangées.

Demain tu seras loin de moi. Tes yeux seront déjà tournés vers une autre âme en peine, ton souffle caressera une peau différente de la mienne. Combien d'esprits perdus et de corps vagabonds blottis contre ton sein ? Combien de sourires figés immortalisant une nouvelle étreinte entre tes bras ?

Demain nous serons si loin toi et moi et tu m'auras oubliée.

Alors ce soir, je profite encore un peu des rayons de la lune qui saupoudre tes rues de lumière, là, dans cet entre-deux où je ne risque rien...

 

La voisine, le 26/11/2016.

 

 


08/03/2017
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En cavale

Je crois que je viens de faire une bêtise. Peut-être même une très grosse bêtise...

Je me suis enfuie comme une voleuse, sans prévenir personne. J'ai fui comme un oiseau à qui on aurait entrouvert la cage pour lui montrer qu'on a confiance. Mais il ne fallait pas lui faire confiance, car ce qui devait arriver arriva. A peine les verrous ont-ils frémi que l'oiseau était déjà dehors.

Je me suis échappée et je sais que je ne retournerai pas dans la cage. Même si on finissait par me rattraper, on ne pourrait plus me jeter dans ce cachot doré avec vue sur la mer. Non, c'est trop tard, mes ailes sont en train de se déployer et une fois grandes ouvertes, elles ne passeraient plus entre les barreaux.

C'est trop tard. Je suis déjà loin.

Le vent qui me porte fait couler des larmes de mes yeux et mes cheveux sont tout ébouriffés. J'ai le nez rouge et la gorge sèche. Et pourtant j'ai l'impression que je respire de nouveau. J'ai l'impression d'être toute légère, presque invisible. Je redeviens la petite bulle minuscule que je croyais perdue.

Et je retrouve mon amie la plume. Elle revient se poser sur mon épaule en dansant. Peu à peu remonte en moi une douce mélodie ; ce disque qui ne s'est jamais arrêté de tourner, qui fredonnait en sourdine, qui soufflait doucement sur les braises pour ne surtout pas qu'elles s'éteignent, attendant patiemment que je reprenne place à leur table.

La bulle, la plume et le souffle chaud du cuivre. Nous voilà de nouveau réunis de l'autre côté des barreaux. En cavale.

Le voyage promet d'être long, cahotique et difficile. Mais cette fois-ci je ne laisserai pas partir le train sans moi !

 

La voisine, le 23/11/2016.

 


25/01/2017
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Une toute petite voix

La sacoche a manqué me tomber sur la tête. Le vieux monsieur en est tout désolé. Il reste un petit moment encore, figé sur ses deux jambes qu'il n'a pas pu déplier complètement, la main sur sa bouche, à me regarder d'un air penaud.

Tout va bien lui répond mon sourire un peu crispé. C'est qu'il m'a fait sursauter le bougre !

Je somnolais tranquillement, les écouteurs bien vissés au fond des oreilles à me délecter des notes de mon Agnël chérie, quand mon voisin d'en face a estimé qu'il était l'heure de casser la croûte. C'est également ce moment-là qu'a choisi le train pour plonger dans une courbe un peu serrée. Sur le coup, j'ai cru qu'il venait de dérailler. Le choc de la sacoche sur la tablette en plastique a été d'une rare violence. La moitié de la voiture a fait un bond sur son siège !

Le vieil homme s'est rassis et entame à présent les premières bouchées de son jambon-beurre, en me jetant de temps en temps quelques regards emplis de cet air un peu trop navré qui ne le quitte plus depuis cinq minutes.

Le train a ralenti. Dehors, la nuit est tombée mais aux lueurs des lampadaires, je dirais que nous sommes arrêtés aux abords d'une gare, une petite gare de campagne. Quelques instants plus tard, un signal sonore perce le silence qui était retombé dans le wagon, puis une voix très lointaine nous informe de la situation. Du moins, c'est ce que j'en déduis car la voix est si inaudible, comme si elle provenait d'ailleurs, de l'autre côté des frontières ; je ne comprends absolument rien de ce qu'elle raconte. C'est comme si un tout petit monsieur, avec une toute petite bouche, se mettait à parler une toute petite langue dans un tout petit micro.

Ça existe les toutes petites langues ? Et les très grandes, les langues géantes ? Faut-il avoir des toutes petites oreilles pour entendre les tout petits riens des toutes petites voix ? Et des oreilles énormes pour gober les énormités qui fusent des énormes bouches ?

Pendant que je tente de me répondre, je laisse mon regard glisser sur la fenêtre et se poser doucement sur le reflet des mâchoires du vieux monsieur qui termine son sandwich.

Et de cette bouche, que peut-il en sortir ? Pour l'instant je n'ai vu que des choses y entrer. Voilà bientôt deux heures que nous roulons dans la nuit face à face et nous n'avons quasiment pas échangé le moindre mot. Quelle voix se cache derrière cette mandibule âgée mais encore vigoureuse ?

Une secousse me tire de mes réflexions glacées et me ramène dans le compartiment qui ronronne comme un vieux chat repu. Je frémis en m'apercevant que l'homme m'observe en train de scruter sa mâchoire. J'entends son sourire me dire en me poussant du coude avec espièglerie : "Allons, qui n'a jamais joué à ce jeu-là ? Dévisager un passager dans son sommeil ou le reflet de la vitre ou même du coin de l'oeil."

Le train est reparti de plus belle. L'arrêt n'était pas prévu, un léger incident sur la voie, un obstacle à dégager. Nous arriverons à Paris avec vingt minutes de retard. C'est ce qu'a annoncé la toute petite voix dans le tout petit micro. Encore une fois je n'avais rien saisi, mais mon gentil voisin m'a fait la traduction. Il en a profité pour glisser deux ou trois traits d'esprit, quelques calembours et autres jeux de mots. Sur le dernier, il m'a fait un clin d'oeil complice, comme si nous étions les deux seuls de tout le wagon à pouvoir nous comprendre, peut-être même à pouvoir nous entendre.

Mon sourire se décrispe davantage et j'écoute ses blagues et ses anecdotes cocasses qui maintenant se succèdent au rythme des battements de coeur du train. Je dois reconnaitre qu'il a un certain talent de narration. Bientôt c'est tout sa rangée puis la mienne qui tournent la tête et tendent l'oreille pour suivre ses histoires. Sous nos sièges, le train acélère encore, comme s'il cherchait à remonter le temps et rattraper nos vingt minutes de retard.

Parmi tous ces gens qui sourient autour de moi, parmi toutes ces bouches ouvertes en demi-lune, qui partagent cette parenthèse éphémère de bonheur tout simple, parmi eux, qui s'est réjoui du résultat des dernières élections américaines ? Oui je sais, il faut toujours que je vienne gâcher la fête. Mais j'aimerais savoir.

Qui, parmi tous ces visages sympathiques ici ce soir, dans ce bolide lancé à toute allure fonçant droit sur Paris, qui ne s'offusquerait pas de l'érection d'un mur obscène, ce mur de la honte, parfaite illustration du cataclysme qui gronde au loin, de cette amnésie collective qui nous menace, pur déni de l'Histoire et de l'humanité ? Qui ?

Sur les sept sourires qui brillent autour de moi, combien sont favorables au retour de la peine de mort, à l'interdiction d'être parent à une certaine catégorie de gens qui s'aiment, pourtant du même amour que tous les autres ; combien sont farouchement opposés au droit de pouvoir choisir de ce que l'on veut faire de son clitoris et de son utérus, au droit d'oublier la pilule, au droit de ne pas vouloir être mère sans pour autant remettre en question sa condition de femme, cet autre citoyen de la planète, cette autre partie de l'humanité ?

Qui donnera sa toute petite voix pour elle, cette bouche énorme et répugnante dans moins de six mois ?

Soudain, je sursaute. Une nouvelle fois. Du fond du compartiment, j'aperçois le visage d'Agnël. Oui, je la reconnais, c'est bien elle, c'est Agnël ! Elle remonte l'allée dans ma direction. Dans cinq rangées, elle va frôler mon épaule. Ça alors, Agnël est dans le même TGV que moi ! Plus que quatre rangées. Comme elle est belle ! Aussi belle que sa musique. Trois. J'entends au loin les notes qui s'échappent de son piano et courent vers moi. Deux. Elle est là, c'est bien elle, dans le même train que moi ! Je devrais arrêter de la fixer, tourner la tête, faire comme si je n'avais pas remarqué qu'elle s'approche de moi et s'apprête à m'effleurer du bout de ses doigts fins de virtuose. Agnël !

Ça y est, elle est passée. Je n'ai rien senti. A peine si ma frange a frémi au vent de ses pas. Sa main ne m'a pas touchée. Je crois que j'ai fermé les yeux. Ai-je rêvé ?

De l'autre côté de l'allée, un petit bichon frisé lèche les doigts de son maître absorbé par les récits envolés de mon vieux monsieur de voisin. Je croise le regard de ce dernier et y devine un soupçon de fierté accompagné d'une pointe de malice. Il tient son auditoire en haleine, fait durer le suspense un court instant, le temps pour moi de laisser s'évaporer mon idole angélique et raccrocher les wagons en me rebranchant sur son canal.

Une secousse. Encore une. Je sursaute. Pour la dernière fois probablement.

Puis tout est noir. Tout tourne. Même moi je crois. Est-ce un rêve ? Quelque chose me cogne la tête. La sacoche du vieil homme ? Aïe, ça fait mal ! Ça tourne encore, encore plus vite.

Où suis-je ? Est-ce un rêve ? Je n'entends plus les blagues de mon voisin, ni les rires des autres passagers. Autour de moi, ce n'est plus qu'un fracas assourdissant, une explosion de verre et de ferraille. Des masses de toutes sortes, de toutes formes et de toutes matières me heurtent chaque seconde. Je voudrais crier mais n'y parviens pas. Je voudrais appeler le vieux monsieur, lui demander qu'il me traduise ce que la toute petite voix du tout petit micro a dû dire pour expliquer ce qui est en train de se passer. Moi je ne la comprends jamais, mais lui sait décrypter ses messages codés, il doit avoir des oreilles ajustables, capables de s'adapter aux différentes tailles de bouches, des plus minuscules aux plus gigantesques. Où est-il mon vieux monsieur ? Je n'y vois plus rien, je n'entends plus rien. Où est le petit chien, où sont les doigts de son maître ? Et Agnël ? Où est-elle ? Est-ce son corps que j'ai senti me rouler dessus quelques instants avant qu'il ne disparaisse une nouvelle fois dans le ventre du bolide qui a perdu la boule ?

Que se passe-t-il ? Où suis-je ? J'ai l'impression de voler dans une cage trop étroite.

Le manège s'arrête brusquement. Un flash, comme un éclair dans la nuit noire, fait irruption dans le wagon, du moins ce qu'il en reste.  En une fraction de seconde, j'aperçois des manteaux, des sacs, des câbles et des corps pendre un peu partout autour de moi. Certains remuent, d'autres pas. A la fois lourde et légère, je pends moi aussi, immobile au-dessus de rien. Quelque chose de chaud, ou froid je ne sais pas trop coule le long de mon visage.

Le silence a envahi l'espace. Je ne sais pas si j'ai mal ou si je flotte. J'ai envie d'exploser de rire ou bien peut-être de pleurer.

Qu'est-ce que je fais là ? On doit m'attendre à Paris. Où est mon téléphone, que je prévienne que je ne serai pas à l'heure ? Mais quelle heure ? Depuis combien de temps suis-je suspendue la tête en bas ? Où est le vieux monsieur qui a peut-être voté Trump il y a un mois ? Où est le petit bichon dont les doigts du maître pourraient bien rallumer la flamme au printemps prochain ? Où est mon idole intouchable, montée trop vite s'assoir trop près des étoiles et qui a déjà oublié comment on fait pour regarder en bas ?

Ou pas. Peut-être est-elle seulement un esprit libre, tellement libre qu'elle traverse les autres corps sans les voir, sans même se rendre compte qu'ils existent. Peut-être aurais-je dû continuer de la fixer quand elle s'avançait vers moi, plonger mes yeux dans les siens pour les accrocher comme un hameçon, pour lui faire signe que je suis là, que je la trouve belle, magique et que je l'aime et lui sourire tout simplement pour qu'elle voie que j'existe.

Cela n'a plus d'importance maintenant, de là où je suis je peux voir le monde à l'envers. Sauf que je crois que j'ai les yeux fermés. Ou alors je suis morte. Ce serait donc comme ça que je finirais, suspendue la tête en bas après un tour de montagnes russes, sans avoir dit au-revoir à personne, pas même à moi...

Soudain, une petite voix s'élève dans la nuit. Cette fois-ci je l'entends, elle ne vient pas du micro.

"Quelqu'un aurait-il trouvé ma sacoche en cuir ? Elle m'échappe tout le temps, j'espère qu'elle n'a blessé personne."

 

La voisine, 21-25/11/2016.

 


16/12/2016
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9/11...

J'ai 34 ans et moi aussi je rêve.

Ce doit être une mauvaise blague.

Nous sommes le mercredi 9 novembre, je me lève tout juste et j'ai bien peur malheureusement que ce ne soit pas une blague.

C'est une catastrophe, un cataclysme. Il me faut un cataplasme, j'ai le souffle coupé et la moutarde me monte au nez !

 

Il y a 4 jours encore, je pleurais au fond de ma baignoire en me demandant qui j'étais. Qui je voulais porter dans mon ventre : un livre ou un enfant ? Continuer d'arrêter ou bien commencer à reprendre ?

Il y a 4 jours encore, je pleurais en me regardant dans le miroir parce que je ne me reconnaissais plus. C'est quoi ces joues trop rondes et ce profil épaissi ?

A vrai dire, je m'y attendais.

Les voici, les voilà, les 1ers dégâts de 36 jours sans tabac ! 36 jours c'est énorme, n'est-ce pas ? Comme mon ventre et comme mes hanches.

Je n'ai jamais tenu aussi longtemps. Ce sont les 36 premiers jours sans fumer de toute ma vie. On dirait bien que ce sont eux qui sont venus se loger au creux de mes joues, de ma taille et de mes fesses.

 

J'ai 34 ans, bien tassés.

Les 35 sont déjà là, en embuscade au coin de la rue. Ils n'hésiteront pas à faire usage de leur bombe de peinture pour faire pâlir mes cheveux.

Il y  a 4 jours encore, je pleurais  en essayant de me reconnaitre dans le reflet de ma page blanche.

36 jours sans tabac. 36 jours sans écrire.

Les personnages de mon roman dépriment au fond du tiroir de mon bureau. Ça me fait de la peine de les entendre éternuer à cause de la poussière qui les recouvre.

 

Je n'aurais jamais dû arrêter.

Je n'aurais jamais dû commencer.

Et pourtant je le savais.

Maintenant, je ressemble à un gros sac de 34 années entassées. Mon baluchon percé s'est vidé, je n'ai plus d'idées. J'ai jeté mon cendrier et l'inspiration avec.

Il y a 4 jours encore, je souffrais de l'air libre qui courait dans mes poumons et de mes ailes plaquées au sol dans une nappe de goudron.

 

Je me trompais.

Nous sommes le mercredi 9 novembre et je pince mes joues trop rondes pour sortir du brouillard, m'éveiller de ce cauchemar.

 

Le problème n'est pas d'avoir commencé, arrêté, repris ou continué.

Non, le problème c'est d'avoir tout bêtement oublié mon rêve en chemin, comme un chien sur une aire d’autoroute. Tout ce temps où j'ai marché à côté de lui, fidèle compagnon, sans un regard, sans prêter attention à son refrain lointain et lancinant, pareil à la chanson des vagues.

Non, personne ne m'a volé mes ailes. Personne ne m'a coupé le souffle.

 

Ce matin en écoutant les informations devant mon café brûlant, ça me saute au visage comme une bombe en plein métro. On vient de m'annoncer une terrible nouvelle, une catastrophe, un cataclysme.

Il me faut un cataplasme, je crois que je suis malade. Comme s'il ne me restait plus que 6 mois à vivre. 6 mois à vivre libre.

Mon nez me pique, mes yeux s'enrhument. Alors ma plume revient me chatouiller la nuque et me dessine un livre.

Un frisson me traverse. Je le reconnais. C'est mon rêve !

Accroché dans mon dos comme un poisson d'avril, comme une bonne vieille farce, caché dans l'ombre, dans l'angle mort, ce matin, le voilà qui se réveille et mord à l'hameçon.

Alors là-haut dans mon âme, ça remue de nouveau, ça fait des bonds, ça fait des ronds et puis des vagues.

Ça fait bouger mes hanches, mes fesses et puis mes joues. Elles sont rondes et alors ? Elles sont à moi et je les aime comme ça !

Mes cheveux peuvent bien s’éclaircir à mesure que je noircis ma page. Les mots reviennent emplir mon baluchon et la nicotine fait ses valises pour de bon.

 

Il y a 4 jours encore, je pleurais parce que je m'étais trompée.

Nous sommes le mercredi 9 novembre et je serre mon rêve dans les bras en lui promettant de ne plus jamais l'abandonner.

Peu importe ce que je porterai dans mon ventre, je jure de toujours le regarder droit dans les yeux et d'écouter la musique qu'il me souffle au creux de l'oreille. 

 

J'ai 34 ans, bientôt 35.

Il y a 4 jours, quelque part dans ce monde étrange, tu as eu 36 ans, en rêvant d'Amour, d'eau fraiche et de l'être "ange".

Demain un président, du haut de sa Tour Eiffène, voudra bâtir un mur de haine pour que l'on ait soudain peur de son voisin, là-bas de l'autre côté.

J'ai 34 ans et moi aussi, j'ai les bras lourds.

Puis je vois le visage de mon rêve, j'entends son souffle glisser sur moi et me murmurer : « Peu importe ton reflet dans le miroir, le monde n’est qu’une Illusion. Saute dans le dessin tant qu’il est temps ! »

Alors je me ressaisis. Et je m’élance dans le vide.

Parce que je l'ai promis.

 

La voisine, 09/11/2016-06/12/2016.


06/12/2016
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Je suis née...

Je suis née

Sur un banc d'école,

Dans une bulle de chewing-gum,

Dans une cabane perchée en haut des arbres,

Dans le regard figé d'une poupée de porcelaine.

 

Je suis née

Par la fenêtre d'un train parcourant la campagne,

Sur le sable livide d'une plage déserte,

Au milieu de la foule d'une aérogare,

Blottie contre l'écorce d'un chêne centenaire.

 

Je suis née

Sur le coin d'une table de bistrot,

Sur un bout de nappe chiffonné l'instant d'après,

Au verso du dernier ticket de caisse

Ou de l'enveloppe d'une déclaration d'impôts.

 

Je suis née pour quelques minutes, quelques heures ou un peu plus.

Parfois j'ai vieilli avant d'avoir existé.

D'autres fois je suis restée jeune toute ma vie sans que quiconque ne parvienne à me dompter.

 

La voisine, le 12/10/2016.


19/10/2016
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" Irremplaçables intermédiaires "

Aujourd'hui, je ne fais que reprendre les mots d'un Monsieur que j'admire beaucoup tant ses oeuvres, qui m'accompagnent depuis quelques mois, me bouleversent... Non, ce n'est pas parce que c'est le tonton de qui vous savez (ça c'est la cerise sur le gâteau ! ).

Simplement parce que je trouve ses mots tellement justes, vrais et beaux...

Merci Amin Maalouf !

 

 

Extrait de Le Dérèglement du monde, Amin Maalouf, Ed. Grasset & Fasquelle, 2009

 

 

 

 

" C'est un tout autre discours que l'immigré a besoin d'entendre en ce nouveau siècle. Il a besoin qu'on lui dise, par les mots, par les attitudes, par les décisions politiques : « Vous pourrez devenir l'un des nôtres, pleinement, sans cesser d'être vous-même. » Ce qui signifie par exemple : « Vous avez le droit et le devoir d'étudier notre langue, en profondeur. Mais vous avez aussi le droit et le devoir de ne pas oublier votre langue d'origine, parce que nous, qui sommes votre nation d'adoption, nous avons besoin d'avoir parmi nous des personnes qui partagent nos valeurs, qui comprennent nos préoccupations, et qui parlent parfaitement le turc, le vietnamien, le russe, l'arabe, l'arménien, le swahili ou l'ourdou, toutes les langues d'Europe, d'Asie et d'Afrique, toutes sans exception, afin que nous puissions nous faire entendre de tous les peuples de la planète. Entre eux et nous, vous serez, dans tous les domaines — la culture, la politique, le commerce —, les irremplaçables intermédiaires. » "

 

 

 

Sur ces belles paroles, je me tourne vers un quartier de Bordeaux où j'ai passé assez de temps pour que les lignes que je viens de citer résonnent encore plus fort.

Il parait qu'il s'y prépare une bien belle aventure dans les jours qui viennent. On parle de nomades, de voyageurs, de métissage, de rencontres, de solidarité ... entre autre...

 

 

Au plaisir de s'y croiser !

 

 

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12/09/2016
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Canicule

Compter les jours, compter les heures, compter les battements du coeur.

Se raccrocher à la mesure, au tempo de la vie pour oublier que le temps passe trop lentement.

 

Regarder le soleil brûler le bleu du ciel, regarder l'eau s'évaporer du verre, regarder la fumée de ma cigarette s'échapper par la fenêtre.

Se réfugier derrière les volets fermés jusqu'au retour de la lune pour oublier que le temps se gaspille sans toi.

 

Laisser pleurer mes yeux tout secs, laisser mon corps se mettre en boule, laisser mon âme errer au plafond.

Se suspendre aux ailes de l'ange qui passe, à son souffle sur mon front qui m'emporte loin d'ici, à sa voix douce qui apaise mes nuits et me fait oublier le temps d'un sourire les fantômes de mes jours.

 

La voisine, le 27/08/2016.


27/08/2016
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"Croire en l'homme me suffit"... (Stéphane Hessel)

Que se passe-t-il ? Comment en est-on arrivé là ?

Toujours ces mêmes questions qui me reviennent sans cesse à chaque fois que j'ai le malheur d'allumer la radio pour écouter les informations de minuit.

Où va le monde ? Je ne crois pas ce que j'entends.

Hier New York, Kaboul, Sousse, Paris, Bruxelles, Orlando, Istanbul...

Aujourd'hui Nice.

Je ne peux m'empêcher de penser à demain.

 

Toutes ces villes où j'ai laissé des souvenirs, où j'aurais pu m'en faire. Mes empreintes sur les pavés, des photos par centaines, des ampoules aux pieds, des nuits torrides hors du temps et de la réalité. Et la promesse, toujours la même, d'y revenir bientôt, d'y aller un jour.

Tous ces visages, toutes ces vies que je ne connaissais pas. Que j'aurais pu croiser, comme ça, au hasard d'une rue, sur le banc d'un parc ou d'un arrêt de bus, à la terrasse d'un café, dans une salle de concert. Toutes ces vies qui ont peut-être croisé la mienne sans que je le sache, sans que j'aie le temps de leur dire bonjour, merci, au-revoir.

Tous ces enfants qui ne naitront pas, qui ne connaitront pas le bonheur de fouler cette bonne vieille terre que l'on piétine impunément. Tous ces parents qui ne le seront jamais, partis trop tôt, trop vite, comme un feu d'artifice raté dans l'innocence de leur jeunesse. Ils ne sauront pas ce que c'est que de se réveiller en pleine nuit pour ramasser le doudou tombé parterre ; de sentir leur gorge se serrer en regardant leur petit bout leur lâcher la main et s'avancer pour la première fois vers le portail de l'école ; de l'attendre quelques années plus tard sur le canapé jusqu'à 4h du matin et percevoir dans son regard une étincelle nouvelle, pudique, qui l'a fait grandir d'un coup.

Toutes ces belles histoires qui ne s'écriront pas, toutes ces aventures, tous ces projets avortés, étouffés dans l'oeuf.

 

Que se passe-t-il ? Comment en est-on arrivé là ?

Toujours les mêmes questions qui viennent titiller ces deux sentiments que je ne parviens pas à chasser.

Hier l'Afghanistan, l'Amérique, le Liban, la Côte d'Ivoire, l'Irak, la Syrie... à travers mon écran de télévision.

Aujourd'hui l'Europe, aujourd'hui mon pays.

Aujourd'hui j'ai peur et j'ai honte parce que la télé ne me protège plus, parce que ça se passe en bas de chez moi et plus de l'autre côté de la mer. Parce que ce sont mes plages, mes rues qui saignent. Parce que la flaque se répand jusque devant ma porte. Parce que tout d'un coup ça me réveille la nuit et ça m'empêche de dormir.

J'ai honte et j'ai peur que la bombe se rapproche de moi, qu'elle m'arrache un bras, une jambe, la bouche, le coeur. Qu'elle me prenne un membre de ma famille, un ami, mon amour. Qu'elle me prive d'un oeil, d'une oreille, d'une main. Qu'elle m'enlève tous mes livres, qu'elle brûle toutes mes pages, qu'elle me vole ma trompette. Qu'elle efface l'enfant que je dessine en secret et toutes les histoires que je voudrais lui raconter, qu'elle l'empêche de porter le nom que je ne lui ai pas encore donné.

J'ai honte et j'ai peur que le monde se crispe, se fige, se concentre en deux pôles qui se repoussent comme des aimants. Que toutes les plages, que toutes les rues se vident, que les portes encore ouvertes se referment et se cadenassent à double tour. Que l'on ait peur de son voisin parce qu'il porte une barbe, de sa voisine parce qu'elle cache ses cheveux, de lui qui aime les hommes, d'elle qui ne croit pas en dieu, de ces roulottes qui dansent autour du feu. Qu'il n'y ait plus d'espace libre, plus de banc sur lequel s'assoir en attendant de rencontrer quelqu'un pour lui raconter son histoire, son présent, ses rêves et ses illusions. Pour transmettre un bout de soi, un instant, un détail, un petit rien qui s'enrichit à chaque banc qu'il trouve.

 

Que se passe-t-il ? Comment en est-on arrivé là ?

Toujours ces mêmes questions qui me hantent.

 

Pourtant ce soir, je veux encore y croire. Je veux encore me dire que la vie est belle.

Sur la terrasse du café où je bois mon verre de vin, dans le tramway que je viens de prendre, dans le baiser fougueux que deux passagers ont échangé juste avant que j'en sorte. Dans la poussette qui frôle ma table, dans le regard insouciant de ces enfants qui font de la trottinette sur les quais, dans le courant de la Garonne qui continue de descendre inlassablement vers l'océan. Dans ce flot de sourires et de vie qui ne s'éteindront pas.

Oui, je veux encore y croire, ce soir, demain et le jour d'après.

Je veux croire dans mon espèce si complexe mais ô combien essentielle, dans sa force, dans sa richesse, dans son amour.

Parce qu'elle écrit des pages que nulle autre espèce ne serait capable d'écrire.

Parce que lorsqu'elle se met à chanter, à crier, à hurler dans son cornet magique, l'univers tout entier s'arrête et se retourne pour l'admirer.

Parce qu'alors elle me donne envie de grimper au sommet de la dune, de prendre mon élan et de sauter en ouvrant grand mes ailes vers l'avenir.

Parce qu'elle sait donner tant d'amour et le partager si fort quand elle veut qu'elle a le pouvoir de réduire en poussière toutes les bombes du monde...

 

La voisine, le 23/07/2016.


24/07/2016
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